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À Rome, à l'aube, quand tout le monde dort, il y a un homme qui ne dort pas.
Cet homme s'appelle Giulio Andreotti.
Il ne dort pas car il doit travailler, écrire des livres, mener une vie mondaine et en dernière analyse, prier. Calme, sournois, impénétrable, Andreotti est le pouvoir en Italie depuis quatre décennies. Au début des années quatre-vingt-dix, sans arrogance et sans humilité, immobile et susurrant, ambigu et rassurant, il avance inexorablement vers son septième mandat de président du Conseil.
À bientôt 70 ans, Andreotti est un gérontocrate qui, à l'instar de Dieu, ne craint personne et ne sait pas ce qu'est la crainte obséquieuse. Habitué comme il l'est à voir cette crainte peinte sur le visage de tous ses interlocuteurs. Sa satisfaction est froide et impalpable. Sa satisfaction, c'est le pouvoir. Avec lequel il vit en symbiose. Un pouvoir comme il l'aime, figé et immuable depuis toujours. Où tout, les batailles électorales, les attentats terroristes, les accusations infamantes, glisse sur lui au fil des ans sans laisser de trace.
Il reste insensible et égal à lui-même face à tout. Jusqu'à ce que le contre-pouvoir le plus fort de ce pays, la Mafia, décide de lui déclarer la guerre. Alors, les choses changent. Peut-être même aussi pour l'inoxydable et énigmatique Andreotti. Mais, et c'est là la question, les choses changent ou n'est-ce qu'une apparence ? Une chose est certaine : il est difficile d'égratigner Andreotti, l'homme qui mieux que nous tous, sait se mouvoir dans le monde.
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LE CADRE HISTORICO-POLITIQUE
11 mars 1978 - 20 mars 1979. Quatrième Gouvernement Andreotti.
16 mars 1978. Aldo Moro, président de la Démocratie Chrétienne, est enlevé par les Brigades Rouges.
9 mai 1978. Le cadavre d'Aldo Moro est retrouvé via Caetani.
8 juillet 1978. Sandro Pertini devient le septième président de la République.
20 mars 1979 - 4 août 1979. Cinquième gouvernement Andreotti.
20 mars 1979. Assassinat du journaliste Mino Pecorelli.
12 juillet 1979. Assassinat de Giorgio Ambrosoli, commissaire liquidateur de la Banque privée italienne.
17 juin 1982. Le corps de Roberto Calvi, président de la banque Ambrosiano, est retrouvé pendu.
3 septembre 1982. Assassinat du général Carlo Alberto Dalla Chiesa.
4 août 1983 - 1er août 1986. Giulio Andreotti est ministre des Affaires étrangères du premier gouvernement Craxi.
25 octobre 1983. Gaetano Badalamenti et Tommaso Buscetta, deux parrains de Cosa Nostra, sont arrêtés à San Paolo, au Brésil.
25 juin 1985. Francesco Cossiga est le dixième président de la République.
10 février 1986. Le maxi-procès contre la Mafia basé sur les déclarations du repenti Tommaso Buscetta s'ouvre à Palerme.
21 mars 1986. Le banquier Michele Sindona meurt empoisonné en prison.
1er août 1986 - 17 avril 1987. Giulio Andreotti est ministre des Affaires étrangères du second gouvernement Craxi.
17 avril 1987 - 28 juillet 1987. Giulio Andreotti est ministre des Affaires étrangères et ministre des Politiques communautaires du quatrième gouvernement Fanfani.
28 juillet 1987 - 13 avril 1988. Giulio Andreotti est ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Goria.
22 juillet 1989 - 12 avril 1991. Sixième gouvernement Andreotti.
13 avril 1991 - 24 avril 1992. Septième gouvernement Andreotti.
1er juin 1991. Giulio Andreotti est nommé sénateur à vie pour «Mérites dans le domaine social et le domaine littéraire».
Février 1992. Début de l'enquête «Tangentopoli» avec l'arrestation du socialiste Mario Chiesa.
12 mars 1992. Le député européen démocrate-chrétien Salvo Lima est assassiné à Palerme.
23 mai 1992. Assassinat du juge Giovanni Falcone.
25 mai 1992. Oscar Luigi Scalfaro est le neuvième président de la République.
15 janvier 1993. Toto Riina, «Le parrain des parrains de Cosa Nostra», est arrêté à Palerme.
25 février 1993. Sergio Castellari, ancien directeur général du ministère des Participations d'État et impliqué dans l'affaire Enimont, disparaît. Son cadavre sera retrouvé une semaine plus tard.
27 mars 1993. Le parquet de Palerme demande la levée de l'immunité parlementaire du sénateur Giulio Andreotti.
30 avril 1993. La Chambre refuse la levée de l'immunité parlementaire de Bettino Craxi.
13 mai 1993. Les sénateurs votent la levée de l'immunité parlementaire de Giulio Andreotti.
20 juillet 1993. Gabriele Cagliari, ancien président de l'ENI, se suicide dans une prison milanaise.
23 juillet 1993. Raul Gardini, président d'Enimont, se suicide chez lui à Milan.
26 septembre 1995. Début à Palerme du procès Andreotti, accusé de complicité avec la mafia.
30 avril 1999. Pérouse, ouverture du procès des meurtriers présumés du journaliste Mino Pecorelli. Les magistrats demandent la réclusion à perpétuité pour l'ensemble des accusés : Andreotti, Vitalone, Badalamenti et Calò, accusés d'avoir été les commanditaires du meurtre, et La Barbera et Carminati, accusés d'avoir été les exécutants.
24 septembre 1999. La cour d'assise de Pérouse acquitte tous les accusés.
23 octobre 1999. Le tribunal de Palerme acquitte Giulio Andreotti de l'accusation de complicité avec la Mafia, les faits n'étant pas avérés.
16 novembre 2002. La cour d'appel de Pérouse condamne Giulio Andreotti et Gaetano Badalamenti à 24 ans de réclusion pour le meurtre du journaliste Mino Pecorelli et acquitte tous les autres accusés.
2 mai 2003. La cour d'appel de Palerme déclare que Giulio Andreotti ne peut être poursuivi pour complicité avec la mafia pour les faits antérieurs au printemps 1980, ces faits étant éteints pour prescription. Elle confirme le reste de la sentence.
30 octobre 2003. La Cour de cassation annule la sentence de la cour d'appel de Pérouse. Giulio Andreotti et Gaetano Badalamenti sont acquittés de l'accusation du meurtre de Mino Pecorelli.
15 octobre 2004. La seconde section pénale de la Cour de cassation confirme la sentence de la cour d'appel de Palerme.
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GIULIO ANDREOTTI
Alias Il Divo
Interprété par Toni Servillo
Né à Rome le 14 janvier 1919, Giulio Andreotti est un homme d'État et un homme politique de renommée internationale, considéré comme étant l'un des principaux représentants de la Démocratie Chrétienne. Diplômé en Droit, il a reçu 11 distinctions de docteur honoris causa, fait une carrière journalistique et publié de nombreux livres. Depuis cinquante ans, il est au centre de la scène politique italienne : sept fois président du Conseil, huit fois ministre de la Défense ; cinq fois ministre des Affaires étrangères ; deux fois ministre des Finances, du Budget et de l'Industrie ; une fois ministre du Trésor, ministre de l'Intérieur et ministre des Politiques communautaires. Sénateur depuis 1991.
Sa carrière politique a débuté alors qu'il était étudiant en droit. Membre de la Fédération universitaire catholique italienne, c'est là qu'il a rencontré Aldo Moro auquel il a succédé au poste de Président National de 1942 à 1944. Élu en 1946 à l'Assemblée constituante et en 1948 à la Chambre des députés alors qu'il n'avait que 29 ans. En 1947, il devient le sous-secrétaire à la présidence du Conseil dans le quatrième gouvernement De Gaspari, une charge qu'il conservera jusqu'en 1954.
Il a été élu pour la première fois Président du Conseil en 1972 (le gouvernement le plus court de la République : seulement 9 jours) ; son septième mandat de président du Conseil (d'une durée d'un an et douze jours) s'est achevé en 1992. À partir de 1993, des repentis mafieux l'ont accusé d'être en relation avec des membres de Cosa Nostra. Cette nouvelle a fait le tour du monde. Après la levée de son immunité parlementaire par le Sénat, son procès a débuté en 1996, un procès qu'on peut qualifier, sans aucun doute, de plus grand procès intenté à un homme politique italien accusé de complicité avec la Mafia. En 1999, il a été acquitté en première instance pour «faits non avérés». La sentence d'appel émise en 2003 souligne qu'il a fait preuve «d'une disponibilité authentique, permanente et amicale envers les mafieux jusqu'au printemps 1980», délit prescrit par la suite. Andreotti a également été poursuivi pour le meurtre du journaliste Mino Pecorelli. Acquitté en 1999, il a été condamné à 24 ans de réclusion en appel en 2002, puis acquitté par la Cour de cassation en 2003.
Actuellement, Giulio Andreotti est membre de la troisième commission permanente (Affaires étrangères, Émigration), de la commission spéciale pour la tutelle et la promotion des droits humains ; il est également membre de la délégation italienne à l'Assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Federico Fellini a dit de lui : «Il est le gardien de quelque chose, quelqu'un qui doit nous introduire dans une autre dimension, qu'on ne comprend pas bien».
PAOLO CIRINO POMICINO
Alias Le Ministre
Interprété par Carlo Buccirosso
Docteur en médecine, Paolo Cirino Pomicino a été l'un des principaux représentants de la Démocratie Chrétienne. Il a été conseiller et adjoint au maire de Naples, député de 1976 à 1994, ministre de l'Éducation en 1988 et 1989 et ministre du Budget de 1989 à 1992.
Accusé dans trente procès, il a été condamné à un an et huit mois de prison pour financement illicite (Pot-devin Enimont) et il a négocié une peine de deux mois pour corruption (Fonds occultes ENI).
Élu député de l'Udeur (parti centriste catholique) au Parlement européen, il a été expulsé de ce parti l'année suivante, sans pour autant renoncer à son siège au Parlement.
Élu à nouveau à la Chambre des députés en 2006 sur la liste de la «Démocratie Chrétienne pour les autonomies - Nouveau parti socialiste italien», il a été le chef de ce groupe parlementaire.
De 2006 à 2008, il a été membre de la cinquième commission (Budget, Trésor et programmation) et membre de la «commission parlementaire d'enquête sur le phénomène de la criminalité organisée mafieuse ou de même type».
FRANCO EVANGELISTI
Alias Citron
Interprété par Flavio Bucci
Imminent représentant de la Démocratie Chrétienne et bras droit de Giulio Andreotti, sous-secrétaire au Tourisme et au Spectacle de 1970 à 1972, il a ensuite été nommé sous-secrétaire à la présidence du Conseil dans les gouvernements dirigés par Giulio Andreotti de 1978 à 1979.
Ministre de la marine marchande de 1979 à 1980, il a démissionné à la suite du scandale provoqué par l'interview accordée au quotidien La Reppublica le 28 février 1980, dans laquelle il reconnaissait avoir perçu des pots-de-vin de la part de l'homme d'affaires romain Francesco Gaetano Caltagirone.
À propos de cet épisode, qui a entaché pour toujours sa carrière politique, Evangelisti aimait répéter : «Je me suis sacrifié pour le courant du parti ».
Il est mort le 11 novembre 1993 à 71 ans.
GIUSEPPE CIARRAPICO
Alias Le Ciarra
Interprété par Aldo Ralli
Giuseppe Ciarrapico a été l'éditeur le plus connu de la droite italienne.
Membre éminent du Mouvement social italien, il a été accusé en 1986 d'apologie du fascisme.
Devenu président des thermes de Fiuggi, il a quitté son parti pour adhérer à la Démocratie Chrétienne de Giulio Andreotti.
En 1993, il a été condamné à deux ans de réclusion pour l'affaire de l'achat de la Casina Valadier (une villa dans le centre de Rome) et il a été impliqué dans le scandale de la Safim-Italsanità.
Il a de nouveau été arrêté quelque temps plus tard et accusé de financement illicite des partis politiques et condamné en 2000.
En 1996, il a également été impliqué dans le procès du crack de la banque Ambrosiano de Roberto Calvi.
Aux élections politiques de 2008, il a été élu sénateur sur la liste du Parti du peuple pour les libertés (Il Partito del popolo della libertà) de Silvio Berlusconi.
VITTORIO SBARDELLA
Alias Le Requin
Interprété par Massimo Popolizio
Après avoir milité pendant plusieurs années dans les rangs du Mouvement social italien, Vittorio Sbardella a adhéré à la Démocratie Chrétienne au début des années soixante-dix et y a fait carrière.
Élu député pour la première fois en 1987, il a toujours su obtenir un très grand nombre de votes, mais ne parvenant jamais cependant à détrôner Giulio Andreotti.
Ses relations avec les membres du courant andreottien ont commencé à se détériorer à partir de 1992. Depuis lors, il a attaqué les hommes du courant et Andreotti lui-même.
Les suites judiciaires de Tangentopoli ont marqué les dernières années de sa carrière politique ; il a fait l'objet de nombreuses enquêtes, toutes classées après sa mort prématurée, en 1994, survenue alors qu'il n'avait que 59 ans.
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PAOLO SORRENTINO
Paolo Sorrentino, réalisateur et scénariste, est né à Naples en 1970. En 2001 son premier long métrage, L'UOMO IN PIÙ, avec Toni Servillo et Andrea Renzi, est sélectionné au Festival de Venise. En 2004 avec son deuxième film, LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR, est en compétition au Festival de Cannes. Le film obtient un grand succès et gagne de nombreux prix, parmi lesquels 5 David de Donatello (Meilleur Film, Meilleure Mise en scène, Meilleur Scénario, Meilleur Acteur, Meilleure Photographie). Deux ans après, il est en compétition à Cannes avec L'AMI DE LA FAMILLE. IL DIVO, son quatrième film, a remporté le prix du jury au dernier Festival de Cannes.
ENTRETIEN AVEC PAOLO SORRENTINO
Les cinéastes italiens ont toujours et de tout temps raconté l'Italie. Dans vos films, racontez-vous l'Italie du Sud ou l'Italie en général ? Vous considérez-vous comme un cinéaste du Sud ? Vous inscrivez-vous dans la tradition des cinéastes politiques comme Rosi, Rossellini, etc... ?
Je suis surtout très curieux des autres. De leur psychologie, de leurs sentiments, de leurs actes insensés, fous ou répétitifs. Ce sont les personnages qui m'intéressent avant tout. Dans la vie et donc dans mes films. Par ailleurs, ces personnes qui m'intriguent, me fascinent ou me répugnent sont italiennes et donc représentatives, au moins en partie, de la société italienne, et parfois emblématiques, comme c'est le cas pour Andreotti. Les réalisateurs politiques comme Rosi ou Petri sont des géants inégalés. On peut regarder leurs films, mais on ne peut pas les imiter. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il ne faut pas faire de cinéma politique aujourd'hui. Au contraire même, c'est un devoir. Mais il nous faut trouver une nouvelle manière d'en faire qui soit en phase avec un cinéma qui a beaucoup évolué depuis l'époque à laquelle travaillaient ces cinéastes.
Vous décrivez dans le film une Italie corrompue. La situation a-t-elle évoluée depuis les années Andreotti ?
Il semble que non. D'ailleurs aujourd'hui, en Italie, on ne parle pas de corruption, même si elle existe et prolifère. Je crois que si on n'en parle pas, c'est parce que Tangentopoli a été un choc pour nous tous. Une révolution qui a non seulement permis de dire qui était honnête et ne l'était pas, mais a aussi changé d'une manière plus ou moins consciente la politique et la classe politique précédente, dans des polémiques interminables, des résistances, mais aussi de grandes tragédies personnelles.
Les personnages de vos films sont toujours en dehors du système, le chanteur Tony et le joueur de foot, Antonio, dans L'UOMO IN PIÙ, le passeur de la mafia exilé dans LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR, l'usurier médiocre dans L'AMI DE LA FAMILLE et aujourd'hui l'homme politique hors du commun. La marginalité est-elle pour vous une source d'inspiration ?
On peut dire cela pour mes autres films, mais pas pour IL DIVO. Pour ce dernier film, c'est même l'inverse. Andreotti est le contraire de la marginalité. C'est un homme de pouvoir qui sait se mouvoir dans le monde mieux que quiconque ; il sait s'intégrer, s'imposer ou s'effacer selon les circonstances. C'est un homme qui allie la ruse et l'intelligence à des niveaux inimaginables, et c'est ce qui lui a permis de gouverner l'Italie pendant de nombreuses années.
En plus de cette marginalité, vos personnages, et donc vos films, sont toujours emprunts de solitude et de mélancolie, pourquoi ?
Ce sont des sentiments qui ont souvent une connotation négative, mais qui pour moi, et ce depuis l'enfance, ont toujours été des sentiments authentiques. La mélancolie et la solitude suscitent l'imagination et la rêverie. Et puis ce sont des sentiments universels qui appartiennent à tout le monde et auxquels, tôt ou tard, nous sommes confrontés.
Vos héros sont toujours très ambigus, et cachent toujours une part d'humanité malgré leur apparente difformité morale. Pouvez-vous nous expliquer ce paradoxe ?
Je ne crois pas qu'on puisse donner une définition précise et univoque d'un individu. Les gens changent avec le temps et en fonction des situations qu'ils doivent affronter. On peut être à la fois ambigu et humain. Je ne crois pas qu'un individu soit un bloc monolithique. Nous sommes tous extrêmement vulnérables, mais nous avons aussi de grandes capacités d'adaptation et de dissimulation.
On retrouve dans votre mise en scène une certaine volonté d'embellir le laid. Pourquoi cette volonté ?
Ce n'est pas une volonté a priori. Une histoire nous met face à une série de situations, d'actes, de comportements et de paysages. Qu'ils soient beaux ou laids dans la vraie vie, peu importe. Je crois à la nécessité de parvenir à un résultat esthétique qui soit satisfaisant, tout au moins pour moi. Le cinéma a cette grande capacité de pouvoir altérer la perception esthétique de faits tragiques ou horribles. Les grands films de guerre n'ont pas trahi l'horreur de la guerre, mais indubitablement, ils en ont restitué une image esthétiquement «merveilleuse».
Et justement, le point de vue du metteur en scène ne serait-il pas chez vous un point de vue moraliste, au sens des moralistes du 18ème siècle, en opposition aux libertins ? Par exemple, pensez-vous que l'amour soit une force chez les moralistes et une faiblesse chez les libertins ?
Ayant une passion immodérée pour la musique légère, dont les textes sont farcis du mot «amour», je répondrai sincèrement et banalement que l'amour est une force pour chacun d'entre nous.
Nous avons l'impression que pour vous, la faiblesse amoureuse de vos personnages est leur force cachée, que leur humanité naît de cette faiblesse. Pensez-vous que l'humanité naît de la faiblesse ?
Les faiblesses ou les échecs individuels peuvent être, dans de nombreux cas, l'occasion pour un individu de se racheter. Plus banalement, la force des individus augmente face au spectre de la chute ou lors de la chute elle-même. Ce n'est malheureusement pas une règle générale. Si c'était le cas, les suicides n'existeraient pas.
Toutes ces thématiques se retrouvent dans votre mise en scène. Comment la recherche d'une beauté formelle semble-t-elle enrichir vos scénarios ?
De plusieurs manières. Il n'y a pas aucune règle précise et c'est tant mieux, sinon un film serait ennuyeux. Mais j'ai toujours aimé les films qui tendent à une beauté formelle et je suis presque toujours resté indifférent, en tant que spectateur, devant les films qui s'auto-punissent, dont la narration obéit à un soi-disant hasard ou à une légèreté qui en réalité, n'est qu'une technique de représentation.
Pouvez-vous nous dire comment vous construisez vos scènes ?
À ma table de travail, chez moi, avant de tourner le film. Je les prépare deux fois. Une première fois après avoir fini l'écriture du scénario, et donc exclusivement en fonction du récit. Et une seconde fois après avoir fait les repérages qui m'apportent des éléments plus précis et plus détaillés d'un point de vue visuel. J'improvise rarement sur le plateau et seulement si j'ai une idée fulgurante. Mais les idées fulgurantes sont rares. Et elles sont souvent trompeuses. J'imagine le film assis dans un fauteuil et ensuite, je le dessine. C'est d'ailleurs ce que l'on demande à un réalisateur : imaginer le film avant qu'il existe. Je le projette par avance dans ma tête. Et il est toujours plus fulgurant et précis que celui qu'il deviendra effectivement par la suite.
Parlez-nous du cadre. Travaillez-vous toujours avec le même cadreur ?
Il n'y a pas que les cadres, tout est important dans un film. Même les états d'âme de l'ingénieur du son ou la qualité de la cantine. Tous les univers concentrationnaires, comme un plateau de tournage par exemple, peuvent s'écrouler à cause d'événements minimes ou insignifiants. C'est ridicule, mais c'est un fait établi. Un seul cadre, s'il est bien conçu et équilibré, peut émouvoir et en dire plus long que dix pages de dialogue ; c'est pourquoi ils ne doivent pas être laissés au hasard, ni délégués aux autres. Sachant que j'ai pour tâche précise de faire parler le film et, Dieu aidant, de susciter des émotions. Je travaille toujours avec le même directeur de la photo parce que, bien évidemment, je le trouve très talentueux, mais aussi parce que la complicité avec l'équipe, et en premier lieu avec le directeur de la photo, est une condition essentielle pour faire un bon travail.
Pouvez-vous nous dire comment vous construisez vos plans ? Vos personnages semblent toujours tout petits dans un environnement très grand.
Je m'assieds et j'imagine les cadres en ayant bien présent en mémoire la scène, les dialogues et le sens de la scène. Je le répète, j'imagine les cadres. J'imagine quelles focales je vais utiliser, quels angles, à quelle hauteur sera la caméra, quels seront les mouvements de la caméra et des personnages et où sera fait le point. Et toutes ces variables ont un seul objectif : faire fonctionner la scène selon les modalités définies lors de l'écriture du scénario. J'imagine tout de façon assez précise et ensuite, sur le plateau, je fais des ajustements avec le directeur de la photo.
Votre mise en scène donne une vision du monde à la fois dérisoire, pathétique, politique mais aussi pleine d'espoir. Pouvez-vous nous expliquer ce paradoxe ?
Ma vision du monde (ce sont là des termes un peu exagérés) repose fondamentalement sur un objectif constant : l'ironie. Je la traque partout. Je ne sais pas avec quels résultats. La vie a tendance à être assez tragique et l'ironie est le meilleur des antidotes.
C'est votre troisième collaboration avec Toni Servillo. Parlez-nous de son travail, de votre façon de le diriger. Comment s'est-il glissé dans la peau d'Andreotti ?
Au fur et à mesure que nous faisons des films ensemble, je dirige de moins en moins Toni Servillo. Je ne veux pas dire par là que je ne le dirige plus du tout, mais nous sommes arrivés à un tel degré de connaissance que nous nous comprenons très rapidement, sans avoir besoin de faire de grands discours. Ce sont les avantages d'une connaissance réciproque. Je pense que le secret de notre collaboration, somme toute fructueuse, est basé sur la confiance. C'est un élément indispensable, surtout avec un personnage très délicat et riche de sens comme Andreotti. La méthode utilisée par Toni Servillo pour trouver son personnage m'a beaucoup frappé. Je lui avais préparé une série d'extraits de reportages télévisés avec le vrai Andreotti, mais il a préféré ne pas les regarder. Je pense que la difficulté majeure de ce personnage se trouve dans son immobilité, dans sa très grande retenue, mais en même temps, il fallait faire passer des pensées et des états d'âme dans cette fixité, avec des modulations extrêmement ténues qui ont rendu l'interprétation certainement difficile.
Concernant la scène de la confession d'Andreotti face caméra : est-ce un rêve ou une parenthèse à l'histoire, sachant qu'Andreotti n'a jamais rien avoué ? Cette scène pourrait sans doute faire scandale en Italie...
Pour moi, c'est un rêve. Il ne pourrait pas en être autrement. Mais c'est aussi un moment de catharsis collective pour le spectateur et peut-être aussi pour Andreotti. Je ne sais pas si j'ai approché une vérité, mais j'ai senti, en tant qu'auteur de l'histoire, qu'il fallait abandonner, pendant un temps, le regard objectif sur le personnage et sur les faits afin de suggérer une interprétation des choses. Identifier une responsabilité politique et non pénale. En ce qui concerne cette dernière, je n'ai jamais pensé pouvoir me substituer aux juges.
Une autre scène est emblématique de l'ambiguïté du personnage, celle où Andreotti est avec sa femme et qu'ils regardent Renato Zero chanter à la Télévision : le filmage au plus proche des personnages semble lisser leurs émotions.
C'est une autre scène-clé du film. J'ai voulu que les époux Andreotti soient traversés par cette dynamique «vertigineuse» vécue par tous les couples. Je veux parler de ce doute qui peut nous envahir soudainement et nous amener à penser qu'on ne connaît absolument pas la personne avec qui on vit. C'est un moment douloureux, où on a le sentiment de perdre pied. Je suis certain que tous les couples qui sont ensemble depuis longtemps connaissent ça. Bien évidemment, si la femme d'Andreotti est traversée par un tel doute, il se charge aussitôt d'une multitude de sens. Ce n'est plus seulement un doute sur la fidélité, par exemple, mais sur le destin d'un État, d'un pays ou d'un peuple, puisque le pouvoir d'Andreotti a été tel au cours des ans qu'il a été déterminant pour l'Italie.
Parlez-nous de votre rapport à la musique, toujours très présente dans votre travail, et d'autant plus étonnante qu'elle fait partie intégrante de votre mise en scène. Peut-on dire que vous avez une écriture musicale ?
J'aimerais avoir une écriture musicale, mais je doute que ce soit le cas. En fait, j'utilise surtout les émotions procurées par la musique pour écrire plus efficacement une scène. Pour écrire un scénario, j'ai besoin d'écouter de la musique. Elle peut provoquer des vertiges d'émotions et une certaine sensation de puissance ou de temps suspendu qui m'aident à créer des scènes dont je veux qu'elles soient puissantes ou comme en suspens. Je ne peux pas commencer un scénario tant que je n'ai pas rassemblé une nouvelle «discothèque» correspondant au ton du film que je m'apprête à écrire. Et donc inévitablement, une fois le film fini, on y retrouve la plupart des musiques qui ont influencé l'écriture du scénario.
2008 IL DIVO
2006 L'AMI DE LA FAMILLE
2004 LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR
2001 L'UOMO IN PIÙ
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TONI SERVILLO
Giulio Andreotti
Né à Afragola (Naples) en 1959, metteur en scène et acteur, il a fondé en 1977 le Teatro Studio de Caserta, où il a dirigé et interprété, entre autres, Propaganda (1979), Norma (1982), Billy le menteur (1983), Guernica (1985). En 1986, il a entamé une collaboration avec le groupe Falso Movimento, avec lequel il a interprété Ritorno ad Alphaville de Mario Martone et mis en scène E... d'après des textes d'Eduardo De Filippo. L'année suivante, il a été l'un des fondateurs de Teatri Uniti. Avec ce groupe théâtral, il a créé en tant qu'acteur et metteur en scène plusieurs spectacles comme Partitura (1988), Rasoi (1991), Ha da passà a nuttata (1989), Zingari (1993) et plus récemment, Samedi, dimanche et lundi (2002), une adaptation du chef-d'œuvre d'Eduardo De Filippo, plusieurs fois récompensée.
Il a travaillé sur des textes français du XVIIème et du XVIIIème siècle très importants comme Le Misantrope (1995) et le Tartuffe (2000) de Molière, ou encore Les fausses confidences de Marivaux. Parmi ses mises en scène, figurent L'uomo dal fiore in bocca (1990/96), Natura morta (1990) à partir des actes du XXIIIème congrès du P.C.U.S, Da Pirandello a Eduardo (1997) avec des acteurs portugais au Teatro San Joao di Porto, Benjaminowo : padre e figlio (2004) de Franco Marcoaldi et Fabio Vacchi, Il lavoro rende liberi (2005) de Vitaliano Trevisan.
En 2007, il a mis en scène La trilogie de la villégiature de Carlo Goldoni. En 1999, il a fait sa première mise en scène d'opéra avec La cosa rara pour la Fenice de Venise, suivie, toujours à Venise, du Mariage de Figaro. Il a monté Boris Godounov et Ariane à Naxos au Sao Carlos de Lisbonne, Il marito disperato et Fidelio au San Carlo de Naples. Et en juillet dernier, il a mis en scène L'Italienne à Alger au festival d'Aix en Provence.
Il a été dirigé au théâtre par Memè Perlini, Mario Martone, Leo De Berardinis et Elio De Capitani. Il a joué dans les films de Mario Martone (RASOI, I VESUVIANI, THÉÂTRE DE GUERRE, MORT D'UN MATHÉMATICIEN NAPOLITAIN), Paolo Sorrentino (L'UOMO IN PIÙ, LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR), Antonio Capuano (LUNA ROSSA), Elisabetta Sgarbi (NOTTE SENZA FINE, IL PIANTO DELLA STATUA), Andrea Molaioli (LA FILLE DU LAC), Fabrizio Bentivoglio (LASCIA PERDERE, JOHNNY !), Matteo Garrone (GOMORRA).
Pour l'interprétation du film LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR, en compétition au Festival de Cannes 2004, il a reçu de nombreux prix en Italie et à l'étranger, au nombre desquels un Nastro d'Argento et un David di Donatello. À la dernière Mostra internationale de cinéma de Venise, il a reçu le prix Pasinetti comme meilleur acteur pour le film LA FILLE DU LAC de Andrea Molaioli, une interprétation qui lui a également valu le David di Donatello 2008 comme Meilleur premier rôle masculin.
ANNA BONAIUTO (filmographie selective)
Livia Andreotti
2007: LA FILLE DU LAC D'ANDREA MOLAIOLI
MON FRERE EST FILS UNIQUE DE DANIELE LUCHETTI
BIANCO E NERO DE CRISTINA COMENCINI
2006 : LE CAIMAN DE NANNI MORETTI
PIERA DEGLI ESPOSTI (filmographie selective)
Madame Enea
2008: L'HOMME QUI AIME DE MARIA SOLE TOGNAZZI
2006: L'INCONNUE DE GIUSEPPE TORNATORE
2002: LE SOURIRE DE MA MERE DE MARCO BELLOCCHIO
CARLO BUCCIROSSO (filmographie selective)
Paolo Cirino Pomicino
2004: GUARDIANI DELLE NUVOLE DE LUCIANO ODORISIO
2002: FEBBRE DA CAVALLO - LA MANDRAKATA DE CARLO VANZINA
2002: IL MARE NON C'E PARAGONE D'EDUARDO TARTAGLIA
FLAVIO BUCCI (filmographie selective)
Franco Evangelisti
2006: LEZIONI DI VOLO DE FRANCESCA ARCHIBUGI
2003: CATERINA VA IN CITA DE PAOLO VIRZI
2002: VOLESSE IL CIELO DE VINCENZO SALEMME
ALDO RALLI (filmographie selective)
Giuseppe Ciarrapico
2000: PAZZO D'AMORE E VACANZE SULLA NEVE DE MARIANO LAURENTI
1988: IL VOLPONE DE MAURIZIO PONZI
1980: DELITTO A PORTA ROMANA DE BRUNO CORBUCCI
MASSIMO POPOLIZIO (filmographie selective)
Vittorio Sbardella
2007: MON FRERE EST FILS UNIQUE DE DANIELE LUCHETTI
2006: ROMANZO CRIMINALE DE MICHELE PLACIDO
1996 : LES AFFINITES ELECTIVES DE PAOLO ET VITTORIO TAVIANI
GIORGIO COLANGELI (filmographie selective)
Salvo Lima
2008: COLPO D'OCCHIO DE SERGIO RUBINI
2008: PARLAMI D'AMORE DE SILVIO MUCINO
2006: L'AMI DE LA FAMILLE DE PAOLO SORRENTINO
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Equipe Artistique

Giulio Andreotti Toni Servillo Livia Andreotti Anna Bonaiuto Eugenio Scalfari Giulio Bosetti Franco Evangelisti Flavio Bucci Paolo Cirino Pomicino Carlo Buccirosso Salvo Lima Giorgio Colangeli Don Mario Alberto Cracco Madame Enea Piera Degli Esposti Mino Pecorelli Lorenzo Gioielli Aldo Moro Paolo Graziosi Vincenzo Scotti Gianfelice Imparato Vittorio Sbardella Massimo Popolizio Giuseppe Ciarrapico Aldo Ralli Magistrat Scarpinato Giovanni Vettorazzo TechniqueRéalisateur Paolo Sorrentino Chef opérateur Luca Bigazzi Monteur Cristiano Travaglioli Musique Teho Teardo, Emi Music, Publishing Italia Producteurs éxécutifs Viola Prestieri, Gennaro Formisano Décors Lino Fiorito Ensemblier Alessandra Mura Costumes Daniela Ciancio Coiffure Aldo Signoretti Maquillage et effets spéciaux Vittorio Sodano Ingénieur du son Emanuele Cecere Montage son Silvia Moraes Ingénieur du son du mixage Angelo Raguseo Assistant réalisateur Davide Bertoni Casting Annamaria Sambucco Consultant scénario Giuseppe D’Avanzo Une production Indigo Film, Lucky Red, Parco Film En coproduction avec Babe Films, StudioCanal et Arte France Cinema En collaboration avec Sky Avec la contribution du Ministère pour les Biens et Activités Culturels Avec la participation du Centre National de la Cinématographie Avec le soutien d' Eurimages Avec la contribution de la Région Campagnie Avec la collaboration de la Film Commission Région Campagnie Produit par Nicola Giuliano, Francesca Cima, Andrea Occhipinti Coproduit par Maurizio Coppolecchia Coproduit par Fabio Conversi

























